ÉDITO

ces fleurs entre les rails, dans le vent confus des voyages.

Le Livre d’image – J. L. Godard

 

 

À l’heure des crispations identitaires et des radicalisations de tous ordres, il est salutaire de laisser pousser des herbes folles sur les autoroutes de la pensée.

Emprunter les chemins de désir. Ne pas se placer dans une perspective morale, ni même politique, mais creuser le mystère, aiguiser le questionnement. S’autoriser les écarts entre la beauté formelle et la crudité du réel.

 

Le T° est une jungle fertile dans laquelle les fleurs de la création croissent et s’épanouissent. Elles prolifèrent jusqu’au-delà de ses murs et contaminent le paysage avec Mathilde Delahaye qui a proposé son spectacle Maladie ou femmes modernes * dans la friche industrielle du Magasin Général à Saint-Pierre des Corps. Avec Monuments hystériques *, Vanasay Khamphommala va investir des lieux – patrimoniaux et autres – dont la mémoire et les fantômes seront interpellés par les comédiens de l’ensemble artistique. Ceux-là mêmes qui ont joué L’Île des esclaves dans dix-huit collèges d’Indre et Loire pour vingt-deux représentations. En ouverture de saison, je recréerai avec eux – dans la salle du T° cette fois – une nouvelle version de cette pièce en un acte de Marivaux, « augmentée » d’un épilogue écrit collectivement et résolument ancré dans notre présent.

 

Sur les quinze propositions de la saison 19/20, douze seront des créations. C’est-à-dire, douze spectacles qui vont éclore dans les mois qui viennent à Tours, Avignon, Paris, Strasbourg ou La Rochelle. Douze équipes artistiques accompagnées, soutenues et accueillies au T°. Douze projets qui vont voir le jour et dont vous serez parmi les premiers spectateurs : ils vont croître et embellir sous vos regards curieux et exigeants.

L’Europe, les abeilles, Ben Laden, les champignons matsutakés, Les Feux de l’amour, les androïdes, Balzac… seront quelques-uns des ferments actifs de ces productions éclectiques.

Des artistes de stature nationale et internationale côtoieront des « jeunes pousses », des têtes familières et des profils nouveaux composeront le kaléidoscope de cette saison.

Et puis le WET° – festival de jeune création porté par de jeunes créateurs – poursuivra pour sa cinquième édition le chemin qui le mène vers toujours plus de reconnaissance publique et professionnelle, pour le bonheur des artistes qui y font leurs premiers pas et des spectateurs qui les découvrent.

 

L’audace, l’insolence et le plaisir partagé sont les fertilisants naturels qui viennent enrichir le terreau dans lequel prolifèrent les spectacles qui font la fierté et la renommée du Théâtre Olympia – CDN de Tours.

 

Jacques Vincey