La vie du T°

horizon 111, les poèmes

1.
horizon

2.
l’horizon

3.
dire l’horizon

4.
ligne vierge droit devant

5.
épousant
la courbe du regard

6.
L’horizon – un point de chute.

7.
On lui tourne le dos : il demeure.

8.
Il parle notre langue
Sans dire un mot.

9.
À notre image –
La bouche pleine
Auprès du vide.

10.
L’horizon multiplie les directions.
Nos corps pèsent à distance.

11.
Élever notre verticalité
À travers son silence.
Quitte à le rompre.

12.
Débusquer en lui le jour
Qui refuse d’être
À nos côtés.

13.
D’un coup étranger.
D’une épaisseur
À ne plus s’y reconnaître.

14.
Horizon
Devenu phrases
Jusqu’à la palpitation du poème.
Nos vies gelées
S’enflamment.

15.
Dire l’horizon – le tirer à soi.
Au milieu de ces heures sèches.
Tellement semblables.

16.
Dire l’horizon. Pour le saisir.
Le mettre à terre.
Mêler sa nudité à
Nos ombres.

17.
L’horizon – une ligne
Vierge ou terne
S’étirant
Entre un ciel prostré
Et une terre vaine.

18.
Un horizon. À courber
Comme le fer autour
D’un tonneau d’ivresse.
À lancer vif contre
Tout renoncement.

19.
Un horizon encerclant
Une tonne d’ivresse —
En dérober l’incandescence.
Le jeter
Dans le cœur
De l’obéissance.

20.
Un horizon encerclant
Une tonne d’ivresse
Son incandescence jetée vive
Dans le cœur
De nos obéissances – j’en rêve.

21.
Horizon grossièreté lyrique
Horizon pitoyable lointain
Horizon goudronné. Avec un ciel
Creusé d’acide. La terre
Sous le bâillon des lois.

22.
L’horizon. Les désirs s’y engouffrent.
Les cœurs réglés
Sur les mêmes minutes.
Et si peu d’écart
Entre chaque existence.

23.
Comme l’horizon est pluriel
Et l’asservissement commun !
En un instant un pas de côté
Devient une marche obligée
Pour la plupart.

24.
Un horizon s’ajoute aux autres.
Comme s’additionnent aussi
Papiers en règle
Voix sous séquestre —
Pas à pas
La vie à sens unique.

25.
L’horizon se rêve.
S’échange se négocie se revend.
L’homme toujours cède sa place
Contre un bien. Même au cimetière
L’inégalité persiste.

26.
Soudain une inversion.
L’horizon vaut pour lui-même.
Il se déroule s’agrandit
Agrandit.
Poumon dans le cerveau, il
Multiplie les respirations.
Brasse
Du large.

27.
Le bleu lucide de l’horizon.
La probité de ses ors.
Sa blancheur sans concession.
La justice nuancée de ses verts.
L’épée inflexible de ses nuits.

28.
Autre jour – nouveau mal.
L’horizon s’obstrue et
Se vêt d’écarlate.
Liquidité du soleil ?
Ou cette guerre plus loin
Que l’on souhaite ne pas savoir ?

29.
L’horizon – aller voir au-delà.
Tenter d’y vivre.
Toute marche le repousse.
Jamais les mêmes ni autres
Ses formes changent. Aussi vite
Que notre vie s’épuise.

30.
Le bel horizon !
Ligne de partage et objet
De toutes les attentions.
Il n’est plus qu’un mot
Sur une bannière. En dessous
Palabre
Celui qui coupera vos ailes.

31.
Chaque réveil signifie une aube nouvelle.
À la croisée d’un ciel premier
Et d’une terre sans calculs
Le monde s’aligne.
Le corps bien droit.
Vierge comme un livre.

32.
Chaque nuit absorbe l’horizon.
D’autres en naissent.
Lisière – orée – lumière…
Termes incertains et timides qui
Pour le regard
Donnent à la chambre
Le forme d’un monde
Redoutablement fragile.

33.
Dites horizon —
Déjà on se ligue
Contre le mot
Et ses complots d’ouverture.
Louer les vertus du sol
Voici l’espace
Où pour le nombre parler
N’est plus se faire entendre.

34.
Dites horizon —
Déjà votre visage
Pille sans réserve
Dans les largesses du ciel
Lui dérobe les frissons
D’une irrévérence à même
D’écarter les exiguïtés de la terre
(Pour qui veut bien entendre).

35.
Le long de la voie ferrée
La bruyère
Ensuite les pins
Plus au-delà ce champ
Encore après
La forêt contre le ciel
Et soudain le reflet
D’un homme
Que je ne reconnais pas.

36.
L’horizon la nuit
Ses longues phases de silence
D’un coup
Un oiseau dessine
Une tranchante verticalité.
Dressés depuis tant d’années
Les arbres l’ignorent.
Un miracle
Qu’ils n’aient jamais rien transpercé.

37.
L’horizon dans une paume —
Ainsi la fraîcheur
Du jour commencé.
Est-ce possible de porter
À tes lèvres
Ce qui par nature se dérobe ?
Inscrire ta chance
Dans l’impossible : l’espace
Où tu t’assignes.

38.
À ses échecs chacun
S’agrippe.
Épuise ses griffes contre
La pierre — rêve
De graver son nom malgré
L’indifférence de la matière.
Le ciel s’étonne
De cette lutte — lui qui est
Seulement
L’exclamation du vide.

39.
Arrêtez ! Les nouvelles vont
Vite — aucune
Ne nous épargne.
Arrêtez. L’horizon
S’éteint. En ce jour
S’apprend la mort
D’un qui crut lui aussi trouver
Source dans le lointain.
La vie promet.
Une seconde nous tait.

40.
Nous rêvons
L’ingrate promesse
De faire route ensemble
D’être du nombre
Dans une commune ivresse
Délivrés des ravages
De notre pesanteur.
Est-elle juste cette vie
Qui nous délaisse
Donne consistance au vent
Et corps à l’oubli ?

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