Posts in Category: Paroles de spectateurs

PAROLES DE SPECTATEURS

Nous souhaitons donner la parole aux spectateurs. 
Nous leur avons demandé de nous raconter leur amour du théâtre, leur première fois, leurs souvenirs, leurs émotions…

COMMENT NAÎT L’AMOUR DU THÉÂTRE ? PAR ANNE-MARIE LARDEAU

D’une famille nombreuse, versée surtout sur la musique, j’ai toujours connu le collectif : nous chantions en chorale, dirigés par notre frère aîné, nous faisions partie d’une association sportive, et j’adorais participer aux spectacles, monter sur scène pour danser, défiler lors des commémorations nationales ! En classe, j’aimais beaucoup notre prof de Français, Mademoiselle P., qui nous faisait jouer des pièces de théâtre. Je crois pouvoir dire que notre vie, maison toujours ouverte, quand il y en a pour 10, il y en a pour 12, et plus, m’a rendue réceptive à l’accueil.

Nous allions aux JMF, et écoutions tous les dimanches, religieusement, les concerts de la Salle Pleyel. Tout ceci avec grand plaisir.
Mais notre nombre ne nous permettait pas d’aller au théâtre.
C’est la rencontre avec Jean-Marie et nos deux années au Cameroun qui ont scellé cette naissance.
Nous avons toujours été en accord sur les choix de nos vies.

Adolescente, j’aimais beaucoup les langues, et mon rêve était de devenir interprète. La vie en a décidé autrement, mais je reviendrai sur ce mot.

Nous étions à Yaoundé, jeunes mariés, JM en coopération, et moi, professeur dans un collège camerounais, pour assurer une partie de notre subsistance, et pour ne pas rester « sans rien faire » comme beaucoup de femmes de coopérants. 
Nous participions aux activités culturelles existantes, cinéma, et Centre culturel français.
Le responsable de l’animation du Centre culturel français, croisant JM lui propose de jouer Lucky dans « En attendant Godot ».
Bien sûr, il a accepté et moi avec. Une expérience très positive, puisque l’année suivante, Jean-Claude Amyl, le nouveau responsable du Centre culturel a donné avec Jean-Marie un montage de Baudelaire, et mis JM en scène dans Les Méfaits du tabac. Le virus était né !

Nous n’avons pas vécu mai 68 en France ! Jean-Marie rageait d’être loin, pas moi. Je n’étais pas encore frottée à la contestation de par mon milieu d’origine. De retour en France, en 69, JM nommé au Lycée Grandmont, cette grosse machine, fait ses armes de chimiste.

Trois événements vont faire éclore la suite : Les Crabes de Roland Dubillard, 1789 par le Théâtre du Soleil, et Woodstock, au cinéma.
Nous sommes alors tous deux emballés.

Jean-Marie se dit très vite qu’il veut donner aux élèves ce qu’il a reçu à Yaoundé. Très vite il fait travailler les élèves au sein d’un club théâtre. 
A partir de ce moment, le théâtre a ponctué notre vie.
La première pièce au Lycée Les Crabes. Un hasard, non bien sûr !
Pendant toutes ses années d’enseignant il a monté chaque année un spectacle au Lycée. J’étais bien sûr spectatrice fidèle, et beaucoup plus : notre maison a été souvent délestée d’accessoires, et de costumes, le temps des représentations. Et je donnais mon avis sans concessions.
J’ai toujours été assistante logistique, soutien matériel et moral, et œil extérieur quand je pouvais le faire. 

Nous avons vu rapidement des spectacles à la Comédie de Touraine, puis pris des abonnements au Centre dramatique de Tours, suivi tous les spectacles créés ou invités par André Cellier, que nous avons défendu mordicus. Avons continué avec Pierre Lefèvre, puis Gilles Bouillon. Avons aussi profité de nombreux déplacements collectifs à Paris, en particulier au Théâtre du Soleil.

Je n’ai jamais souhaité monter sur les planches, mais ma formation professionnelle a pour base la Technesthésie, technique issue d’une expérience théâtrale. Sa fondatrice a écrit un petit livre intitulé Le Théâtricule et le caleçon d’écailles. Dans ma profession de formatrice à l’expression orale, la référence au théâtre était permanente. J’ai d’ailleurs souvent eu la sensation que je « jouais » un rôle quand je travaillais. Par contre, j’ai le souvenir du travail théâtral dans le cadre de ma formation, et d’avoir été confrontée à cette expérience : croire que l’on fait une déclaration d’amour à son partenaire, alors que ceux qui nous regardent nous disent que c’est une engueulade qu’on transmet !!!

Le plaisir que j’ai pris professionnellement vient du fait que j’ai appris à « mettre en scène » ce que je transmettais. J’ai très souvent travaillé en binôme, et c’était extraordinaire : nous pouvions faire faire à nos stagiaires des choses impensables dans le courant de la vie. Le plaisir de créer un exercice, d’inventer, de dépasser le ridicule est aussi quelque chose qui vient de toutes les formations que j’ai suivies.

Je ne regarde pas la télé, pour moi, le théâtre est, comme l’opéra, un lien avec la vie, une occasion de quitter notre environnement quotidien pour voir évoluer des acteurs, et de goûter l’instant.

J’ai des souvenirs mémorables de spectacles, Nicomède à Avignon avec Laurent Terzieff  (j’avais 19 ans), bien sûr 1789, Le Regard du sourd à Paris, Timon d’Athènes mise en scène de Peter Brook à Fontevraud, Les Troyennes à La Rochelle au bord de la mer et à Saintes dans les arènes, bon nombre de spectacles du Théâtre du Soleil, La Dispute de Marivaux montée par Patrice Chéreau, les spectacles de Roger Planchon, de Peter Brook. …. Et beaucoup d’autres récents.

C’est le théâtre qui a été le déclencheur de mon activité de contestation. Comme je l’ai écrit plus haut, j’étais d’un milieu traditionnel, chrétien. Participer à une action collective de « révolte » m’était impossible. C’est le conflit entre André Cellier et la Mairie de Tours qui m’a poussée à sortir de mes fourneaux et de mon rôle de « mère de famille qui est faite pour élever ses enfants ». J’ai commencé à travailler à 36 ans !

Jean-Marie, très engagé, lui, était aux premières loges de la défense d’André Cellier, jusqu’au jour où j’ai décidé d’aller, moi, place du Palais, faire partie de ceux qui faisaient signer une pétition en soutien à André Cellier. C’est ainsi qu’a commencé une autre face de l’amour du theâtre, celle de l’engagement.

Cet engagement existait déjà, mais dans un autre domaine. 
Wajdi Mouawad, dans le dernier jour de son journal de confinement a énormément insisté sur le  lien créé pendant ces derniers mois.
Il termine en martelant que le spectacle vivant est essentiel dans la survie de ce lien.
Cela rejoint ce que j’essaie de créer depuis toujours, et mon rôle de « relais au CDNT » en est un des aspects.

Ce n’est pas par hasard que j’ai suivi pendant 16 ans les chanteurs et pianistes de l’Académie Francis Poulenc pour leur faire travailler la diction française. Sentir dans notre corps, en particulier dans notre bouche – comme le fait l’enfant quand il apprend à parler – ce qui se passe chez l’autre pour pouvoir le reproduire nous-mêmes, relève de ce lien physique que l’on connaît au théâtre.

En ce sens, j’ai rejoint par des chemins de traverse, ce souhait de ma jeunesse : l’interprétariat.

Interprétariat et interprétation : deux mots d’une même famille.

PAROLES DE SPECTATEURS

Nous souhaitons donner la parole aux spectateurs. 
Nous leur avons demandé de nous raconter leur amour du théâtre, leur première fois, leurs souvenirs, leurs émotions…

J’AIME LE THÉÂTRE PAR JEAN-MARIE LARDEAU

Allez, disons 14 ans
Peut-être. Allez donc savoir 65 ans plus tard !
Disons quand même 14 ans, il faut bien commencer par quelque chose.
Donc 14 ans.
Un professeur de français, Monsieur B. grosses lunettes et grand cœur qui donne le goût de la lecture.
Le théâtre alors, pour moi, c’est le livre, le petit classique que je viens régulièrement acheter dans la grande librairie arcachonnaise, avenue Gambetta, et que je choisis un peu au hasard, n’osant solliciter Monsieur B pour des conseils personnalisés..
Des critères de choix assez particuliers. La couverture couleur grise et rouge des éditions Hatier, si ma mémoire est bonne, plus attirante que la couverture violette des éditions Larousse, si ma mémoire ne me trompe pas.
Et c’est parti pour la lecture de Molière, Racine, Corneille, Musset, Vigny – parmi tous ces livres, je revois, qui me dira pourquoi, Chatterton, couverture grise et rouge.
Je ne l’ai pas relu depuis. Aucun souvenir.
Quand j’entre dans une salle de spectacle, c’est plutôt pour la musique. Toute une bande de lycéens prenant le bus pour aller aux concerts des Jeunesses Musicales de France à Bordeaux. Comme est belle la musique, Et comme est belle l’étudiante blonde que j’y admire à chaque séance et qui fait rêver, de loin, l’ado timide que je suis. 
Pas de théâtre vivant si ce n’est quelques matinées classiques dont je n’ai pas gardé un souvenir inoubliable. Un seul souvenir inoublié : Un La Flèche jouant en boîtant ce « chien de boîteux là ».. Ah, c’est donc ça…

18 ans
Etudiant à Bordeaux.
Je prends rapidement des responsabilités dans une association étudiante. Cela m’amène à prendre la parole devant des publics nombreux. Je fais un stage de formation dirigé par un comédien pour essayer de mieux maîtriser. Je trouve ça très intéressant. C’est sans doute mon premier rapport au théâtre.
Le premier spectacle de ma vie étudiante ? Bien longtemps après. Le Cavalier seul d’Audiberti. Marcel Maréchal. On peut trouver pire pour commencer une longue carrière de spectateur de théâtre. Qui m’y a fait venir ? Probablement un ami étudiant. J’ai bien aimé. Mais la révélation doit encore attendre.
A cette occasion, ou à une autre, allez savoir, nous allons voir mon ami Pierre et moi un metteur en scène qui vient d’arriver à Bordeaux. Il nous regarde, nous dit être un spécialiste de la physiognomonie, me dit : Vous, vous ne ferez jamais de théâtre. Vous aurez trop peur d’être ridicule ». Il se tourne vers Pierre :  » Vous, en revanche, vous êtes fait pour faire du théâtre ». Pierre est devenu directeur commercial d’un grand groupe pharmaceutique. 

Plus tard
Fin de mes études de chimie. CAPES de sciences physiques. Un an d’enseignement à Versailles .
Puis service non-militaire dans l’enseignement à Yaoundé. Un peu d’attention SPV, c’est là que se noue l’intrigue.
Je croise, entre un cours et un match de volley, un coopérant animateur au service culturel de l’Ambassade de France. Me regarde. M’aborde. 
– Vous faites du théâtre ?   
– Dame non, mon bon Monsieur.
– Je monte En attendant Godot. Personne pour jouer Lucky, vous avez le physique. 
– Pourquoi pas, je veux bien essayer.
Je n’ai alors pas lu Beckett. Mais mon professeur de philo – flash-back vers Arcachon – nous avait beaucoup parlé de l’attente de God-ot qui ne vient jamais.
Long, très long travail de mémorisation du monologue. Répétitions. Première – et seule représentation. Estragon – le metteur en scène lui même – me coupe au milieu du monologue. Trop long, Beckett. Fâché Lardeau. Parce qu’il l’avait bossé, son texte. Essayez pour voir… ici

L’année suivante. Nouveau coopérant culturel, celui-là vous le connaissez peut-être. Jean-Claude Amyl. Deux créations Les merveilleux nuages (Baudelaire, vous l’aurez deviné !) et Les Méfaits du tabac.
« A travers ces lèvres nouvelles,plus éclatantes et plus belles, t’infuser mon venin, ma sœur ! » dis-je à un moment  avec un regard appuyé vers le 5ème rang côté cour (précision non garantie). Fin du spectacle. Salut. La lumière se rallume. Au 5ème rang, côté cour les élèves du Collège de la Retraite rassemblés autour de Sœur Marie de l’Incarnation (le nom a, peut-être, été changé) qui n’a pas l’air de vraiment m’en vouloir de cette apostrophe malheureuse.

Léa Toto ne m’a accordé qu’un recto-verso. Pas grave, l’essentiel est déjà joué.

Retour en France. Quelques spectacles qui achèvent de faire basculer ma vie : 1789, La Dispute de Marivaux-Chéreau, Le Regard du Sourd et tant d’autres.
Les années d’animation d’un club-théâtre au Lycée Grandmont.
L’engagement militant aux côtés d’André Cellier lors de son conflit avec la Mairie de Tours.
Le club-théâtre devient Atelier-théâtre. Partenariat avec le Théâtre de l’Ante.
Le basculement de l’Atelier vers l’option A3. Partenariat avec  le Théâtre de l’Ante puis le CDRT.
Des dizaines de spectacles d’élèves. Et nous amenons nos élèves  voir une dizaine de spectacles par an, à Tours, à Paris… On compte nos élèves : 1, 2, 3, 4…..5 ,6….7, 8, 9… 10, 11, 12, 13…..14…       15. Il en manque un… Qui est-ce qui manque ? Ah, c’est Patrick, bien sûr ! toujours en retard*… 
* Le prénom a été changé, et la réalité embellie. Il n’y avait que rarement un seul retardataire.

Et quand nous n’amenons pas nos élèves, la découverte, avec Anne-Marie (pour ceux qui ne me connaissent pas, c’est la femme de ma vie), des spectacles créés ou invités par notre CDRT pas encore CDNT. Là, permettez-moi de ne citer aucun spectacle en particulier, ce serait injuste pour tant d’autres.

Des années de pur bonheur de spectateur et de pédagogue.

La retraite. La création de ma compagnie Le Théâtre du Nuage distrait.
Des ateliers de formation, des créations, un engagement passionné avec le Printemps des Poètes.
Mais ceci est un autre histoire et ce papier n’est ni un CV ni une promotion du Nuage distrait.

Et toujours l’addiction pour ce que propose l’Olympia (Nouvel O ou Théâtre O…). Merci à eux…
Là encore, permettez-moi de ne citer aucun spectacle en particulier, ce serait injuste pour tant d’autres.

Léa, tu es frustrante avec ton recto-verso… Tellement de choses à dire…

Par exemple sur l’extraordinaire bonheur d’éveiller chez jeunes filles et jeunes gens la passion du théâtre qui fait briller les yeux.

Mais il est vrai que là, ce n’est pas un recto-verso qu’il me faudrait , c’est une ramette entière de papier, du temps et l’énergie de m’attaquer à ce « vide papier que la blancheur défend ».

PAROLES DE SPECTATEURS

Nous souhaitons donner la parole aux spectateurs. 
Nous leur avons demandé de nous raconter leur amour du théâtre, leur première fois, leurs souvenirs, leurs émotions…

comment je suis venu au théâtre, ou le journal d’un comédien amateur par Philippe Carré

Mon rapport au théâtre ? Quand je regarde en arrière, et la période actuelle y est propice, mon premier souvenir d’être monté sur les planches date d’il y a plus de 65 ans, quand petit enfant  j’avais participé à un stage d’animation pendant des vacances à La Bourboule ; il en reste une vieille photo noir et blanc où j’apparais sur scène en culotte bouffante ! 

D’où est venu mon goût de « monter sur scène » ? Petit à petit depuis mon enfance, porté par les étapes de la vie, et peut-être par une quête enfouie quelque part. 

A l’âge de 10 ans, je suis parti en pension et j’ai très vite participé à l’atelier théâtre du collège de garçons (aujourd’hui il est mixte) où j’étais scolarisé, et mon vrai premier rôle à l’âge de 12-13 ans a été celui d’Armande dans Les Femmes Savantes ! J’ai continué à participer à « l’équipe théâtre » jusqu’en terminale en 1968, où l’on avait monté une version de l’ Antigone de Sophocle. 

Puis le cursus universitaire m’a éloigné du jeu pendant de longues années. Au cours de mes études à Paris, j’allais traîner de temps à autre comme spectateur dans les petites salles du Quartier Latin. Arrivé à Tours au début des années 80, j’ai été accaparé par mon activité professionnelle, mais l’image des planches continuait à me tarauder ; j’ai cherché un atelier de théâtre, et ce fût finalement au Barroco à Saint-Pierre des Corps que je remis le pied à l’étrier, sous la conduite d’Hubert Chevalier, avant d’intégrer quelques années après la troupe amateur des « Amis de Coucou La Fourmi », créée par Michel-Jean Robin dont j’ai tant appris, et qui nous a quittés au début de cette année. J’en fais toujours partie. 

J’ai aussi participé au fil du temps à d’autres projets, sous la conduite notamment de Pierre Trinson, ou de Jean-Marie Lardeau. Avec Pierre Trinson, nous avons joué la pièce qu’il avait écrite et créée sur La Commune de Paris (Le Communard, la Pétroleuse et le Versaillais) dans différentes salles, et notamment au Carré Davidson dans le vieux Tours, et j’étais avec émotion sur la scène de cette salle mythique pour la dernière représentation théâtrale qui y a eu lieu en 1987 avant sa fermeture!

Avec les « Amis de Coucou La Fourmi », j’ai travaillé sous la houlette de metteurs en scène confirmés : Michel-Jean Robin bien sûr, Dominique Babouin, Abel Pires, Pierrick Bonneau, et avec des comédien(ne)s talentueux(ses) ; certains,  comme Pierre Créchet, avaient été formés ou étaient proches de Jean-Laurent Cochet, ce maître qui vient aussi de nous quitter il y a quelques jours. J’ai eu la chance de jouer avec la troupe, en tant que comédien amateur, de nombreuses pièces au cours de toutes ces années : Monsieur Lovestar et son voisin de palier et Les Nonnes d’Eduardo Manet, Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès, Antigone d’ Anouilh, Des manteaux avec personne dedans de Jean-Pierre Cannet, Tue-le ! de Ludovic Janvier , Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor, Zoo Story d’Edward Albee, Le bourreau et d’autres écrits de René de Obaldia, Le neveu de Rameau de Denis Diderot (la dernière mise en scène de M-J Robin). Et en co-production avec la compagnie Bois Ton Thé en 2019 : Comédie sur un quai de gare de Samuel  Benchetrit, et  Soutine, Champigny-sur-Veude, 1943, une création de Catherine Gomez-Crouvizier. Du théâtre exigeant donc, d’auteurs souvent contemporains. M-J Robin, qui avait longtemps joué en tant que comédien professionnel, aimait à dire : « il n’y a pas de théâtre professionnel, il n’y a pas de théâtre amateur, il y a théâtre ou pas ».

Et le Centre dramatique national de Tours ? J’ai bien sûr côtoyé très vite « l’Olympia », dont je suis adhérent depuis de longues années. J’y ai vu de magnifiques spectacles, d’autres qui m’ont moins touché, j’y ai rencontré des gens très attachants, et j’ai souvent répondu présent aux propositions destinées aux adhérents : ainsi j’ai participé aux « rencontres du mardi », à « l’atelier écriture » de Léa Toto, à plusieurs stages de jeu théâtral avec des metteur(e)s en scène, dont un week-end avec Laurent Gutmann et une semaine inoubliable avec Caroline Guiela Nguyen ; et quand Karin Romer a proposé des rôles de figurants sur le plateau à Tours, je n’ai pas hésité : avec d’autres, j’ai gardé des souvenirs très forts de ma participation sur scène à Vader du collectif Peeping Tom, et à Ça ira (1). Fin de Louis de Joël Pommerat, spectacle auquel  j’ai eu la chance de participer à nouveau à l’été 2019 au théâtre de La Porte Saint-Martin à Paris.

Je vais régulièrement assister à des pièces montées et/ou jouées par des ami(e)s comédien(ne)s dans la région, tant la production des troupes est riche en Touraine. J’assiste de temps à autre à des spectacles à Paris, je lis beaucoup de textes ou de livres sur le théâtre, et depuis ma retraite je n’ai raté aucun festival d’Avignon, où je baigne avec volupté dans la frénésie de ces rencontres toujours pleines de surprises ; j’y croise avec plaisir Jacques Vincey, François Chaudier, Karin Romer, Léa Toto, Claire Tarou, et toutes celles et ceux qui font vire le CDNT ; ainsi que des comédiens amis qui se produisent là-bas, comme Claude Gallou ou Alain Leclerc.

Je me suis souvent demandé d’où me venait cette envie d’être sur scène… en dehors d’un narcissisme assumé ! De ce besoin de se glisser dans les passions ou les tourments d’un autre, de ressentir ces secondes vertigineuses qui précédent l’entrée en scène, de se mettre à nu devant des  spectateurs dont la bienveillance n’atténue pas le trac, de goûter ce bonheur et cette fatigue partagés avec mes frères et sœurs de planches ? Freud, au secours ! On peut aussi écouter Laurent Terzieff : « Ce que nous attendons tous du théâtre, c’est la révélation de cet autre qui gît au plus profond de nous-mêmes, plus nous-mêmes que nous-mêmes, et cependant inconnu».

Philippe Carré

Paroles de spectateurs

Nous souhaitons donner la parole aux spectateurs.
Nous leur avons demandé de nous raconter leur amour du théâtre, leur première fois, leurs souvenirs, leurs émotions…

Pourquoi j’aime le théâtre par Alain Michel

J’ai découvert le théâtre quand j’étais étudiant Il y a donc bien
longtemps ! Et je ne me souviens plus très bien dans quel ordre mais
j’ai fait mon initiation avec lui et avec la danse contemporaine
grâce à ce qui était alors la Maison de la Culture de Rennes,
aujourd’hui siège du TNB dirigé par Arthur Nauzyciel.

Pour la danse (comme c’est toujours encore le cas), j’ai oublié le
titre de ma première pièce, mais pas celui de la compagnie : le
Harkness Ballet de New York. Je n’en trouve plus aucune trace sur
Internet ! En 1970 ou peut-être 1971, ce spectacle m’avait subjugué
et depuis je suis un grand amoureux de la danse contemporaine. 

Ma découverte du théâtre remonte à la même époque. J’ai assisté à
de belles mises en scène que je peux encore citer, malgré le temps
passé : Capitaine Schelle, capitaine Eçço de Rezvani (par Jean
Pierre Vincent), La Cuisine ( Ariane Mnouchkine), L’Irrésistible
ascension d’Arturo Ui
Six personnages en quête d’auteur ; j’ai
aussi en mémoire Le Grand Magic Circus de Jérôme Savary. Voici au
moins pour mes souvenirs initiatiques ! C’est  grâce à eux que je
crois à la nécessité absolue de faire accéder les jeunes au
bonheur du spectacle vivant. La théorie de l’ensemencement ? N’est-ce
pas la raison de ma capacité à citer des pièces vues voici
cinquante ans alors que j’ai souvent moins de mémoire pour les plus
récentes ! Heureusement maintenant je garde les feuilles de salle !…Et je les consulte à l’occasion.

Jeune adulte, mes occupations professionnelles et familiales m’ont
éloigné du spectacle vivant ou je n’en n’ai conservé aucun souvenir
marquant… Ai-je même fréquenté des théâtres ? 
Mais j’en conservais sans doute la nostalgie pour choisir de renouer avec le
spectacle par le festival d’Avignon. C’était, je crois, vers la fin des
années 80. Pas du tout initié aux « codes » du festival , et trop
intimidé par le In, dans mon esprit réservé à une élite, j’ai
découvert le Off. Cela m’a plu et j’y suis retourné l’année
suivante et chaque année depuis… d’abord quelques jours seulement,
privilégiant peu à peu le In, puis totalement. Faisant tomber mes
préjugés de départ sur son accès difficile. 
Le plus difficile pour le néophyte c’est d’avoir des billets et de choisir son programme mais il faut simplement oser aller à la découverte et les tarifs
sont à la portée de la plupart.

Désormais, retraité, j’y reste plus longtemps et j’y consacre la
totalité de mes vacances estivales, grâce surtout à la chance
d’avoir découvert, par AirBnb, depuis plusieurs été, un modeste
studio magnifiquement placé, en plein coeur de la ville, et bon
marché, ce qui me permet de consacrer l’essentiel de mon budget aux
spectacles.

Mon goût pour le théâtre s’est affirmé et affiné année après
année. Ce que, au début, j’excluais par peur m’est devenu peu à
peu plus familier. Par exemple, les pièces en langue étrangère avec
un sur-titrage (j’en ai vu d’inoubliables), ou des pièces de très
longue durée ( j’ai fait l’expérience, elle aussi inoubliable de 2066, près de douze heures !!…). Sans doute, ne devient-on pas amoureux du théâtre du jour au lendemain, comme on ne devient pas œnologue à son premier 
verre ! On l’apprivoise ! Mais quel bonheur !

Pour répondre à la question – pourquoi j’aime le théâtre ? – je
précise que je n’aime pas toujours le théâtre, notamment quand il
est vulgaire ou, à l’inverse, ésotérique. Pour que je l’aime
vraiment il faut un bon texte, de bons interprètes, une bonne mise en
scène, trois exigences préalables. Et il faut également qu’il
m’apporte quelque chose : une émotion, un autre regard sur le monde
dans lequel je vis. Le théâtre, mais je crois pouvoir ajouter l’art
dans son ensemble, répond souvent à des questionnements actuels en
apportant, parce que c’est son essence, une esthétique, parfois de
la poésie, parfois de la nécessaire provocation. 
Je vais au théâtre pour y être ému, parfois bouleversé, parfois pour en
sortir plus intelligent. Je l’aime quand il répond à cela. Le
théâtre, en supplément à l’éducation, à la lecture, participe
à la construction de l’individu. Il permet aussi, à l’occasion, de
découvrir des auteurs ignorés ou de les rendre plus accessibles.
Mais en approfondissant ma réflexion je remarque que ce que j’aime
dans le théâtre je l’aime aussi dans le cinéma, la littérature. 

Au fond, je ne sais pas si ce que j’aime ce n’est pas plutôt le fait
d’être interpellé et par là de me sentir vivant.

Alain MICHEL

Facebook
Instagram
Twitter
YouTube